Chronique du 16 août 07

LES HOMMES VIENNENT DE MARS
ET LES FEMMES DE VÉNUS

Cette semaine, j’ai eu le bonheur d’aller voir la conférence-spectacle : «Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus». Quel délice! Mais qu’en est-il vraiment de ce dicton? Celui-ci, tiré du titre d'un livre bien connu, suggère qu'il y a entre hommes et femmes de profondes différences et qu'ils attendent d’une union des choses fondamentalement différentes. De nombreux livres à succès visent à aider les couples à faire face à leurs différences, en tenant pour acquis qu'un grand fossé sépare ce que veulent les femmes et les hommes.

Mais, les hommes et femmes sont-ils à ce point différent que cela affecte leur union ? Si la réponse, comme nous le verrons, est bien «oui», les livres à succès ignorent fréquemment l'abondance de points communs caractérisant ce qu'hommes et femmes veulent trouver dans une relation et leurs désirs et besoins communs.

Chose plus importante encore, ils négligent le fait que seules les différences les plus extrêmes entre deux partenaires sont liées, d'après les chercheurs, à des unions malheureuses, alors que «les mariages heureux se caractérisent par peu de divergences entre les partenaires.»

Certes, des différences très répandues sont révélées par ces recherches. Les hommes, par exemple, ont plus tendance à rentrer dans leur carapace en cas de conflit conjugal, alors que les femmes préféreront faire un usage plus intensif de la parole. C'est sans doute dû au fait que les hommes tendent à «se noyer» plus facilement dans un flot d'émotions négatives et qu'il leur faut plus longtemps pour récupérer psychologiquement après une dispute. Ils ont aussi plus tendance à essayer d’«arranger» les problèmes, alors que les femmes souhaitent plus fréquemment que l'homme les écoutes.

Les femmes sont souvent plus aptes à se connecter à l'état émotionnel d'autrui, et les hommes tendent parfois à aborder les conversations sous l'angle de la compétition. Mais on doit aussi constater que les recherches montrent qu'hommes et femmes attendent d’une union des choses remarquablement similaires, et que les deux sexes indiquent qu'une profonde amitié est ce qu'il y a de plus satisfaisant dans une bonne union. Et la liste des autres facteurs réellement annonciateurs d’une union satisfaisante montre qu'il n'y a que de légères différences dans le classement, par chacun des deux sexes, de ce qui le satisfait réellement dans une relation intime.

Un des secrets les mieux gardés du monde relationnel est que l'homme, en moyenne, souffre de plus de troubles de santé émotionnelle ou physiologique quand il est privé de relation intime que la femme vivant la même situation. Les couples liés par de solides relations sont en harmonie avec la personnalité propre des deux partenaires et considèrent que ces forts liens d'amitié sont la pierre angulaire d'une bonne relation. Ils respectent leurs éventuelles différences liées au sexe de chacun et cherchent les moyens de satisfaire mutuellement leurs besoins respectifs.

Les extrêmes s’attirent-ils toujours ?

On connaît bien mieux, maintenant, la biochimie et la neurologie de l'amour et de la passion. Les «atomes crochus» d'une relation varient dans le temps. L’euphorie initiale ressentie avec un nouvel amour dure généralement environ deux ans, et le type de bonne entente caractéristique d'une relation à long terme n'est pas le même que le cocktail enivrant d'un amour tout neuf. Or trop de gens renoncent à une relation dès que la bonne entente initiale commence à évoluer. Ils s'adonnent à des relations séquentielles et ne se rendent pas compte que la satisfaction affective d'un amour au long cours peut être plus épanouissante que l'excitation d'une passion nouvelle. Par «extrêmes» on entend «opposés», et l'on veut dire par là qu'on peut être attiré par des gens très différents de soi, cette grande différence nous rendant plus complets. Ce n'est pas dénué de vérité, mais il n'en est pas tout à fait ainsi. Les gens semblent bel et bien trouver que certaines différences sont un élément positif et un facteur d'attraction. Mais les recherches montrent que les couples les mieux assortis présentent plus de similarités que de différences, et que le fait d'être pareils sous des angles divers (l'âge, l'éducation, les valeurs de base, etc) est corrélé avec les niveaux les plus élevés de satisfaction conjugale.

Les études effectuées sur les types de tempérament (l'inventaire de Meyer's Briggs, par exemple) montrent que les couples peuvent tirer parti de certaines différences, mais que ceux dont les composantes figurent aux extrémités des quatre échelles d'évaluation des différences sont moins heureux que ceux où les similarités sont plus fortes.

En matière de différences, la meilleure approche consiste à être conscient du fait que la plupart d'entre nous apprécient quelques différences clés, susceptibles d'apporter un certain équilibre à notre vie. Il est bon d'accepter ces différences et de ne pas se lancer dans un énorme «projet de réforme» une fois qu'on est en relation. Mais si l'on cherche un partenaire pour la vie, il ne faut pas croire que des différences énormes seront faciles à surmonter. Celles sur lesquelles on décide de ne pas s'arrêter au début de la relation peuvent prendre, au fil du temps, une importance accrue. Il vaut bien mieux chercher quelqu'un qui partage vraiment nos valeurs de base et notre mode de vie.

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Photos de Stéphanie par Daniel Cossette Photographe (exclut la photo du livre).