Chronique du 20 décembre 07

LE SEXE DES JOUETS

En cette période des fêtes où la course aux cadeaux est commencée, nous sommes en droit de nous demander si le choix des cadeaux que nous ferons pour nos enfants n’a pas avantage à être un peu plus réfléchi.

Poupées, panoplie de princesses ou ensembles de cuisine pour les filles... Voitures, habits de pompier ou châteaux forts pour les garçons... Ces choix sont conformes à une image stéréotypée du masculin et du féminin, mais à qui revient la responsabilité d’un choix sexué? À l’enfant, à ses parents ou à la société?

On a qu’à regarder les catalogues de jouets pour constater à quel point l’univers féminin et masculin sont clairement délimités. Le rose pour les filles et le bleu pour les garçons.

Nous devons cependant réaliser que les jouets participent à la socialisation de l’enfant, déjà en bas âge.

Ce n’est que vers deux ans que l’enfant commence à différencier les filles des garçons. Avant cet âge, pour lui, un enfant est un enfant. En grandissant, l’enfant affirme sa différence sexuelle. Après le conditionnement de la petite enfance vient le désir d’identification avec le parent du même sexe, dont il fait son modèle. Le jouet est un moyen pour l’enfant de vivre à la façon des adultes. Les enfants reproduisent donc ce qu’ils croient être la fonction du papa ou celle de la maman. Ainsi, la petite fille cuisine, s’occupe de son bébé, joue à l’infirmière, au professeur… Le garçon conduit des motos et des voitures, construit des circuits ou des maquettes et joue au médecin ou à la guerre. Peu de parents, pourtant, laissent leur enfant affirmer librement ses goûts, peut-être par crainte que leur fille soit un «garçon manqué» ou que leur fils devienne «une vraie fillette» ! Beaucoup de parents peuvent être mal à l’aise avec les préférences de leur enfant. Peur du jugement, du regard des autres, peur que leur enfant se fasse ridiculiser, mais cette crainte est-elle encore totalement justifiée?

Le rôle des parents

La vigilance des parents est donc nécessaire : les jouets qu’ils choisissent pour leur enfant portent une «idéologie». À l’heure où les femmes participent professionnellement à la société, pourquoi restreindre les petites filles, à travers leurs jouets, au rôle de ménagère ou de mannequin-potiche? Pourquoi s’obstiner à faire du garçon un ingénieur et lui offrir des jeux de construction, s’il préfère cuisiner? Sans pour autant offrir systématiquement une poupée à leur garçon, les parents peuvent l’orienter vers d’autres objets que les armes ou les véhicules. De même, sans refuser à une fille d’apprendre à séduire, ils peuvent la diriger vers d’autres centres d’intérêts.

Ce dont il faut prendre conscience, c’est que les rôles sociaux d’adultes ont eux aussi changé : les papas s’impliquent davantage et très tôt dans la vie de leurs bébés, les mamans conduisent des voitures, les réparent même parfois quand elles n’en font pas un métier. Et parce que les enfants apprennent en regardant les «grands», il est normal que les garçons, tout comme les filles, s’intéressent autant à des poupées qu’à des autos.

On peut toutefois comprendre un parent qui se dit mal à l’aise d’aller choisir pour son garçon une poupée toute vêtue de rose dans les grands étalages définitivement pensés pour attirer les petites filles. Alors, il faut aussi se respecter dans ses valeurs et ses limites. Il y a de plus en plus de poupées qui sont habillées dans des couleurs plus «neutres» et qui permettront à votre petit garçon de s’amuser avec ce jouet sans que ce soit tourné au ridicule par ses copains, vos voisins ou votre famille élargie. L’important, c’est qu’on soit d’abord capable de se sentir bien face au choix de notre enfant, sans ressentir le besoin de se justifier. C’est un beau défi pour certains d’entre nous qui avons été éduqués dans des valeurs très traditionnelles. Si nous arrivons à cette ouverture d’esprit comme parent et comme société même, nous transmettrons aussi à notre enfant une valeur d’ouverture d’esprit!

En terminant, réalisons que nous avons avantage à inculquer à nos enfants l’importance d’assumer ses propres choix et cela passe par l’affirmation de soi. S’affirmer, c’est d’être capable de dire: oui mon garçon aime cuisiner, les plus grand chefs de ce monde ne sont pas des hommes d’ailleurs? ou encore: oui ma fille aime construire des maisons en Legos, peut-être sera-t-elle une grande architecte, qui sait?

Source : Inspiré de www.doctissimo.fr, www.mamanpourlavie.com et d’un article de Stéphanie Martin, Journal le Soleil 17 déc.07

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