LE
SEXE DES JOUETS
En
cette période des fêtes où la
course aux cadeaux est commencée, nous sommes
en droit de nous demander si le choix des cadeaux
que nous ferons pour nos enfants n’a pas avantage
à être un peu plus réfléchi.
Poupées,
panoplie de princesses ou ensembles de cuisine pour
les filles... Voitures, habits de pompier ou châteaux
forts pour les garçons... Ces choix sont conformes
à une image stéréotypée
du masculin et du féminin, mais à qui
revient la responsabilité d’un choix
sexué? À l’enfant, à ses
parents ou à la société?
On
a qu’à regarder les catalogues de jouets
pour constater à quel point l’univers
féminin et masculin sont clairement délimités.
Le rose pour les filles et le bleu pour les garçons.
Nous
devons cependant réaliser que les jouets participent
à la socialisation de l’enfant, déjà
en bas âge.
Ce
n’est que vers deux ans que l’enfant commence
à différencier les filles des garçons.
Avant cet âge, pour lui, un enfant est un enfant.
En grandissant, l’enfant affirme sa différence
sexuelle. Après le conditionnement de la petite
enfance vient le désir d’identification
avec le parent du même sexe, dont il fait son
modèle. Le jouet est un moyen pour l’enfant
de vivre à la façon des adultes. Les
enfants reproduisent donc ce qu’ils croient
être la fonction du papa ou celle de la maman.
Ainsi, la petite fille cuisine, s’occupe de
son bébé, joue à l’infirmière,
au professeur… Le garçon conduit des
motos et des voitures, construit des circuits ou des
maquettes et joue au médecin ou à la
guerre. Peu de parents, pourtant, laissent leur enfant
affirmer librement ses goûts, peut-être
par crainte que leur fille soit un «garçon
manqué» ou que leur fils devienne «une
vraie fillette» ! Beaucoup de parents peuvent
être mal à l’aise avec les préférences
de leur enfant. Peur du jugement, du regard des autres,
peur que leur enfant se fasse ridiculiser, mais cette
crainte est-elle encore totalement justifiée?
Le
rôle des parents
La vigilance des parents est donc nécessaire
: les jouets qu’ils choisissent pour leur enfant
portent une «idéologie». À
l’heure où les femmes participent professionnellement
à la société, pourquoi restreindre
les petites filles, à travers leurs jouets,
au rôle de ménagère ou de mannequin-potiche?
Pourquoi s’obstiner à faire du garçon
un ingénieur et lui offrir des jeux de construction,
s’il préfère cuisiner? Sans pour
autant offrir systématiquement une poupée
à leur garçon, les parents peuvent l’orienter
vers d’autres objets que les armes ou les véhicules.
De même, sans refuser à une fille d’apprendre
à séduire, ils peuvent la diriger vers
d’autres centres d’intérêts.
Ce dont il faut prendre conscience, c’est que
les rôles sociaux d’adultes ont eux aussi
changé : les papas s’impliquent davantage
et très tôt dans la vie de leurs bébés,
les mamans conduisent des voitures, les réparent
même parfois quand elles n’en font pas
un métier. Et parce que les enfants apprennent
en regardant les «grands», il est normal
que les garçons, tout comme les filles, s’intéressent
autant à des poupées qu’à
des autos.
On peut toutefois comprendre un parent qui se dit
mal à l’aise d’aller choisir pour
son garçon une poupée toute vêtue
de rose dans les grands étalages définitivement
pensés pour attirer les petites filles. Alors,
il faut aussi se respecter dans ses valeurs et ses
limites. Il y a de plus en plus de poupées
qui sont habillées dans des couleurs plus «neutres»
et qui permettront à votre petit garçon
de s’amuser avec ce jouet sans que ce soit tourné
au ridicule par ses copains, vos voisins ou votre
famille élargie. L’important, c’est
qu’on soit d’abord capable de se sentir
bien face au choix de notre enfant, sans ressentir
le besoin de se justifier. C’est un beau défi
pour certains d’entre nous qui avons été
éduqués dans des valeurs très
traditionnelles. Si nous arrivons à cette ouverture
d’esprit comme parent et comme société
même, nous transmettrons aussi à notre
enfant une valeur d’ouverture d’esprit!
En terminant, réalisons que nous avons avantage
à inculquer à nos enfants l’importance
d’assumer ses propres choix et cela passe par
l’affirmation de soi. S’affirmer, c’est
d’être capable de dire: oui mon garçon
aime cuisiner, les plus grand chefs de ce monde ne
sont pas des hommes d’ailleurs? ou encore: oui
ma fille aime construire des maisons en Legos, peut-être
sera-t-elle une grande architecte, qui sait?
Source : Inspiré de www.doctissimo.fr,
www.mamanpourlavie.com
et d’un article de Stéphanie Martin,
Journal le Soleil 17 déc.07