Tels
parents, tel couple ?
Je
viens tout juste de tomber sur un article d’Isabelle
Bergeron sur le site www.coupdepouce.com,
que j’ai trouvé fort intéressant
et que j’avais envie de partager avec vous dans
le cadre de cette chronique.
Plusieurs facteurs contribuent à créer
le type d'amoureuse ou d’amoureux qu'on est,
mais le plus marquant est sans doute le tout premier
exemple qu'on a reçu: celui de nos parents.
Katie, 30 ans, n'avait que 5 ans quand sa mère
a quitté son père. «Mais je me
rappelle les éclats de voix, les chicanes,
dit-elle. Après, j'ai vu ma mère sauter
d'une relation à l'autre.» Dans sa petite
tête d'enfant, elle en a conclu que l'amour
ne pouvait pas durer et s'est juré qu'elle
ne ressemblerait pas à sa mère, qu'elle
jugeait agressive et dominante. La première
relation de Katie a duré 10 ans, histoire de
prouver à sa mère qu'elle pouvait, contrairement
à elle, vivre une relation stable. «Je
voulais probablement aussi me le prouver à
moi-même», ajoute-t-elle. En effet, n'eût
été de cette volonté de se distinguer
de sa mère, la relation se serait sans doute
terminée beaucoup plus tôt. Chemin faisant,
Katie s'est rendu compte qu'elle se comportait de
façon plutôt... dominante et tentait
de gérer la vie de son amoureux, comme sa mère
l'avait fait avec son père et ses autres conjoints.
Si notre personnalité est en partie inscrite
dans nos gènes, notre façon d'envisager
l'amour et le couple, elle, n'est pas innée.
Elle répond à un enseignement qui s'étend
sur plusieurs années, voire toute une vie.
Et nos premiers professeurs, ce sont nos parents.
Avant même qu'on soit en âge de raisonner
et de verbaliser, on ressent ce qui se passe entre
nos parents, qu'il s'agisse de tensions, de jalousie
ou d'harmonie. L'histoire de leur amour nous fournit
la matière première avec laquelle on
bâtira nos propres amours. «Il est évident
que le couple que formaient nos parents a une grande
influence sur nous, affirme la sexologue et psychologue
Tania Muzik. Après tout, ce sont les premiers
modèles d'homme et de femme avec lesquels on
est en contact.»
Héréditaire,
le divorce?
La
question se pose particulièrement pour les
enfants qui ont vécu la séparation de
leurs parents. Ceux qui étaient enfants au
milieu des années 1970, lorsque le nombre de
divorces au Québec a grimpé en flèche,
sont maintenant en âge de divorcer à
leur tour. Imitent-ils leurs parents?
Oui,
constate Céline LeBourdais, titulaire de la
Chaire de recherche du Canada en Statistiques sociales
et changement familial: «Les différentes
recherches menées dans le monde montrent que
les enfants de parents séparés divorcent
davantage que ceux de parents unis. Ils ont aussi
tendance à se mettre en union plus tôt
dans leur vie et à préférer l'union
libre au mariage.» Elle souligne toutefois qu'on
manque de données pour assigner une cause unique
à ce phénomène. Ces jeunes adultes
divorcent-ils parce que leur famille a connu des difficultés
financières à la suite du divorce, ce
qui a nui à leurs chances de compléter
leurs études, de trouver un bon boulot, de
bien se lancer dans la vie? Est-ce parce qu'ils se
mettent en couple trop rapidement (les unions précoces
sont plus fragiles) ou parce qu'ils jugent le divorce
plus acceptable puisque leurs parents y ont eu recours?
«On pense que la réponse est un mélange
d'influences, mais on arrive mal à discerner
laquelle est la plus importante.»
Il ne faudrait toutefois pas en conclure que tous
les enfants de parents divorcés vont fatalement
se séparer à leur tour. Ils sont peut-être
plus à risque, mais la façon dont la
relation de leurs parents s'est terminée y
est aussi pour beaucoup. «Quand ça se
passe bien, que les parents se séparent dans
une relative harmonie, l'enfant risque beaucoup moins
d'en être affecté, atteste Michel Lemieux.
Ça peut même l'amener à reconnaître
ce qui ne marche pas dans un couple et à éviter
de répéter les mêmes erreurs.»
C'est
le cas de Joëlle. Le divorce de ses parents,
qui s'est assez bien déroulé, n'a pas
ébranlé son désir d'une union
stable et durable. La jeune femme de 34 ans croit
même que le divorce de ses parents contribue
à la réussite de son couple, qui dure
maintenant depuis sept ans. «La principale raison
pour laquelle mes parents ont divorcé, c'est
qu'ils travaillaient énormément tous
les deux et qu'ils n'allouaient pas assez de temps
à leur vie de couple, explique-t-elle. Aujourd'hui,
je sais l'importance que ça a.»
Plus
on prend conscience tôt des lacunes du modèle
parental, moins on risque de les reproduire. Plus
encore: «les enfants qui ont eu la chance de
grandir dans des familles qui ont divorcé sereinement
s'aperçoivent que les individus doivent parfois
effectuer des changements très difficiles dans
leur vie, mais que ceux-ci peuvent apporter des résultats
positifs», écrivent les auteurs de Les
Enfants-adultes du divorce.
Le
premier modèle
Par
ailleurs, la stabilité d'un couple n'est pas
nécessairement gage d'un modèle enviable
pour l'enfant. Lorsque ses parents se sont séparés
alors qu'elle avait 15 ans, Sophie-Anne, 38 ans, a
été plutôt soulagée. «Mes
parents n'étaient pas vraiment heureux ensemble,
et ça me pesait beaucoup.» Père
absent et peu démonstratif, mère frustrée
de ne pas recevoir plus d'attention et d'amour. «Mais
ma mère n'exprimait pas ses attentes à
mon père, c'est plutôt à moi qu'elle
se confiait», dit Sophie-Anne, qui, en réaction
à ce scénario, s'était mise à
rêver du prince charmant, du grand amour. Cependant,
ses relations, une fois adulte, n'ont pas été
à la hauteur du conte de fée qu'elle
espérait. «Chaque fois que je tombais
amoureuse, mon partenaire finissait par me décevoir.
Ou alors, il me quittait», raconte-t-elle.
Le déclic s'est fait quand son dernier conjoint
lui a dit, avant de la quitter, qu'il avait l'impression
de tenir son bonheur entre ses mains et qu'il trouvait
cela trop lourd, sans compter qu'il ne savait jamais
vraiment ce qu'elle attendait de lui puisqu'elle ne
l'exprimait pas. «Ça m'a donné
un coup, dit Sophie-Anne. Mais ça m'a rendu
service. J'ai réalisé que j'agissais
exactement comme ma mère l'avait toujours fait
et que je choisissais des conjoints distants, comme
mon père.» Parce que l'inconnu fait peur,
parce qu'on n'a pas conscience de le faire ou parce
qu'on ne sait pas comment faire autrement, on reproduit
ce qu'on connaît bien, soit notre tout premier
modèle. «Ça peut prendre du temps
avant de comprendre ce dont on a hérité
et de quelle façon ça nous a marquée,
note Nicole Lemieux, psychologue spécialisée
dans les relations de couple. Avant de pouvoir se
dissocier du modèle parental, il faut prendre
conscience du bagage qu'on a reçu.»
Ce
bagage peut, bien sûr, avoir été
favorable. Caroline, 27 ans, est parfaitement consciente
de l'influence de ses parents sur ses attentes amoureuses.
«Ça fait presque 35 ans qu'ils sont ensemble
et ils s'aiment toujours. Je les trouve beaux, dit-elle.
Et j'admire mon père parce qu'il continue de
faire des efforts pour séduire ma mère!»
Même si elle est assez exigeante envers ses
partenaires (après tout, son père a
mis la barre haute!), Caroline prend toutefois garde
de ne pas idéaliser ce modèle et reste
consciente du fait que les couples d'aujourd'hui risquent
de ne pas durer toute une vie. «Même si
l'idée du "pour toujours" me semble
aujourd'hui utopique, j'ai appris de mes parents qu'il
faut faire des efforts pour que le couple fonctionne.»
En revanche, si on met nos parents et leur relation
sur un piédestal, cela peut nous amener à
croire qu'aucun conjoint ne sera jamais à la
hauteur. «Jusqu'à présent, je
voulais peut-être trop que mes partenaires ressemblent
à mon père. J'avais tendance à
mettre un terme à la relation quand je me rendais
compte que ce n'était pas le cas», avoue
Caroline. En discutant avec sa mère, elle a
cependant compris que chaque relation était
unique et qu'elle devait trouver un conjoint qui corresponde
à ses attentes à elle. «Elle m'a
dit: "Peut-être qu'avec un homme comme
ton père ton couple ne marcherait pas du tout.
Les âmes soeurs ne sont pas interchangeables!".»
L'ingrédient secret
Évidemment,
il est plus facile de conjuguer avec un modèle
parental positif que le contraire. À cet effet,
Nicole Lemieux souligne que l'ingrédient numéro
un d'un modèle positif est, tout simplement,
l'amour. «Qu'ils soient séparés
ou encore ensemble, si les parents s'aimaient, s'ils
communiquaient relativement bien et s'ils se montraient
du respect, il n'y a pas de doute que l'enfant en
bénéficiera.» Idem en ce qui concerne
les démonstrations d'affection et de tendresse.
Sur
ce point, Louise a eu un exemple... exemplaire! «Mes
parents ont toujours été très
attentionnés l'un pour l'autre, très
tendres. Tous les jours, quand mon père rentrait
de travailler, ma mère l'accueillait avec un
baiser.» C'est sans doute pour cette raison
que cette femme de 49 ans n'éprouve aucune
pudeur à exprimer son affection, notamment
à l'égard de son conjoint. Pour ce dernier,
par contre, ces démonstrations n'étaient
pas aussi naturelles. Ayant eu des parents très
réservés sur ce plan, il n'était
pas aussi enclin que sa conjointe à démontrer,
en gestes ou en paroles, son amour. Au début
de leur relation, il y a plus de 15 ans, Louise ne
comprenait pas la réserve de son conjoint.
«Mais j'ai compris quand j'ai rencontré
ses parents!» lance-t-elle en riant.
Selon
Tania Muzik, «lorsqu'on n'a pas été
témoin de gestes de tendresse entre nos parents,
cela peut nous poser problème une fois adulte.
On pourra avoir de la difficulté à exprimer
et à recevoir de l'affection.» Ainsi,
Louise s'est-elle évertuée à
apprendre à son conjoint comment exprimer ses
émotions. Un apprentissage qui s'est fait lentement,
graduellement. À force de lui témoigner
son amour, son conjoint a fini par en faire autant.
Si
Louise n'avait pas fait montre de patience et de maturité,
et si son conjoint était demeuré enfermé
dans son apparente froideur, peut-être leur
relation n'aurait-elle pas fonctionné. Car
une chose est sûre: quand les conjoints ont
eu des modèles parentaux très différents,
les risques de conflit augmentent. Cela est particulièrement
vrai si ni un ni l'autre n'a pris conscience de l'influence
sous laquelle il évolue. «Chacun va défendre
son modèle, explique Michel Lemieux. C'est
pourquoi, dès le départ, les partenaires
doivent se questionner et décider ensemble
du couple qu'ils souhaitent être, en partageant
leurs visions du couple.»
Définir
sa vision du couple
Le
conjoint de Louise a mis du temps à s'ouvrir
et à exprimer ses émotions. Normal,
selon Tania Musik. «On ne change pas facilement
ce qui imprégné depuis l'enfance.»
Qu'on assimile sans se poser de questions les comportements
conjugaux de nos parents ou qu'on les rejette d'emblée,
le résultat demeure le même: l'exemple
qu'on a eu enfant est inscrit profondément
en nous.
Bien
sûr, si ce modèle était positif,
on n'éprouvera probablement pas le besoin de
le remettre en question. À l'inverse, si certains
de ses aspects étaient plutôt négatifs,
on devra chercher à comprendre de quelle façon
ils nous ont marquée. «Plus cette prise
de conscience se fait tôt, moins il y aura de
risques qu'on ne répète les lacunes
du modèle parental», affirme Nicole Lemieux.
Lorsque Sophie-Anne a brusquement réalisé
que son attitude à l'égard de ses partenaires
était pratiquement calquée sur celle
de sa mère, elle n'a pas hésité
à consulter un psychologue. «J'avais
besoin de ça pour y voir clair», dit-elle.
Parfois,
ce seront les amis, le conjoint, la famille ou même
la belle-famille qui contribueront à nous aider.
«Je pense que, par mon exemple, mon conjoint
a commencé à être plus démonstratif,
dit Louise. Mais je crois également que la
relation chaleureuse de mes parents a eu une influence
sur lui.» Certaines ont compris que c'est en
prenant le temps de se connaître et de définir
ce qu'elles voulaient qu'elles arriveraient à
façonner leur vie de couple selon leurs besoins.
«Il ne faut pas avoir peur de rester seule,
dit Katie. Après avoir quitté mon conjoint,
j'ai passé trois ans seule et ça m'a
permis de me regarder, de faire le point.» Et
de redéfinir réellement ce qu'elle attendait
du couple. «Pour savoir vraiment ce qu'on veut
comme couple, il faut d'abord bien se connaître,
avise Michel Lemieux. Il faut également faire
l'inventaire de ce qu'on a reçu et décider
de ce qu'on veut garder et de ce qu'on ne veut pas
garder.»
L'étude
nationale Un sondage sur les espoirs et les rêves
des Canadiens, commandée par l'Institut Vanier
de la famille (2003), révélait qu'une
imposante majorité de Canadiens aspirait à
se marier et à avoir des relations durables.
Ainsi, quelle qu'ait été la relation
entre nos parents, peut-être avons-nous tous
reçu l'amour en héritage et alimentons-nous,
aujourd'hui, le désir de le léguer à
notre tour...
Source
: article tiré de www.coupdepouce.com
par Isabelle Bergeron
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